Je suis un Runner 2.0
Général

Ils saliraient la course à pied : on parle du runner 2.0

Le fameux Runner 2.0

À l’heure où les réseaux sociaux ont atteint une apogée de complémentarité, chaque plateforme a su trouver son propre public avec sa spécificité de contenus. Chacun peut donc y aller de son propre jugement. C’est ainsi qu’une nouvelle cible fait l’objet de toutes les critiques dans l’univers de la course à pied : Le runner 2.0

Je me suis donc penché sur son cas. Autant vous prévenir, le Runner 2.0 c’est un peu comme l’Orangina rouge quand il a été lancé. Non seulement « il est vraiment méchant ! » mais en plus, ceux qui ont beaucoup de choses à dire à son sujet en parlent avant tout en mal et le connaissent au final assez peu.

Ça, c’est le ton général de mon article partisan. Vous l’aurez compris : je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qui est dit sur le sujet.

 

Pourquoi en parler

Tout a commencé avec la lecture d’articles où ce sujet était plus ou moins abordé. Depuis quelques mois, je me suis abonné à un certain nombre de blogs, de groupes de discussions Facebook et autres forums (oui, oui ça existe encore).

Facebook est plateforme géniale : c’est le réseau social où il est le plus simple de lancer de grands débats lorsque l’on veut parler d’un sujet ou d’une situation que l’on ne connaît pas. À la différence de Twitter où il est possible d’être tout aussi con mais où l’on se concentre d’abord sur ses passions et ses centres d’intérêts.

Bref. Sur un des groupes où ma veille est la plus assidue, j’ai lu un post relayant un article très drôle concernant la médaille supposée très moche et remise à tous les finishers du dernier Marathon De Paris. Il était intitulé « Tu ne la mérites pas cette médaille si moche du Marathon de Paris 2019 ».

Je vous invite à aller le lire, mais après avoir terminé cet article hein ?

D’une manière générale, je suis plutôt amusé de ce que je peux trouver sur le blog « Le Joggeur Qui Râle », à l’origine de cet article. Mais sa lecture m’a avant tout donné envie de parcourir la toile et les réseaux sociaux. Ce blog satirique affirme tout autant sa causticité qu’il assume avoir une cible privilégiée. Pour savoir s’il s’agissait d’un avis isolé ou s’il y avait vraiment un phénomène « anti Runners 2.0 », j’ai décidé de mener l’enquête.

Évidemment, je n’ai pas été déçu !

 

Portrait du Runner 2.0 – Un certain côté fun

Le Runner 2.0 et lui-même.

À chercher le mal, j’ai aussi trouvé le bien et j’ai donc eu envie de commencer par là.

Parce que le Runner 2.0 a vite une sale gueule quand on écoute ses détracteurs.

Le Runner 2.0 s’attache avant tout à ses propres performances. Non pas qu’il ne s’intéresse pas aux autres mais son point de départ, c’est lui. Il est assez concentré sur lui-même d’une manière générale, trop heureux de pouvoir fêter ses victoires personnelles avec ses amis digitaux, quand bien même une majeure partie d’entre eux lui sont parfaitement inconnus.

En même temps, tous les réseaux sociaux commencent avec un page profil. Quoi de plus normal donc ?

Le Runner 2.0 et les autres.

Il post pas mal sur les réseaux sociaux. Surtout Facebook et Instagram. Adepte des photos avant/après, il les soulignera souvent d’une légende Strava ou Garmin avec quelques commentaires bien sentis sur ses sensations du jour.

Quand il s’intéresse aux autres (au gré des likes collectés sur ses posts), il reste bienveillant vis-à-vis des coureurs moins performants que lui. Il se targue même de quelques conseils à l’occasion. Pour une raison simple : on est toujours l’expert de quelqu’un. Que cela vous plaise ou non.

Quand le like provient d’un coach ou d’un influenceur à succès, il a une petite fierté. Elle dure peu. Juste le temps de s’apercevoir que la chose est totalement automatisée. Ou pire : que le follow devient vite un unfollow une fois qu’il a décidé de back-follow l’influenceur en question. Oui, y’a beaucoup de follow dans cette phrase mais c’est fait exprès.

Malgré tout, le Runner 2.0 dispose d’une petite notoriété de fans qui ne manquent pas de le suivre régulièrement.

Profil esthétique du Runner 2.0.

En général, le Runner 2.0 n’est pas une égérie pour marques de sport établies. Bedonnant ou fesses basses selon qu’il soit un homme ou une femme, il court autant pour se maintenir en forme que pour éviter la dégradation certaine d’une situation déjà bien mal engagée.

Mais souvent, la course à pied lui a permis de perdre ces quelques kilos suffisants pour lui permettre de retrouver un minimum de confiance en lui. Manger/bouger : doit-on faire des reproches à celui qui a décidé de se prendre en mains ?

Les objectifs du Runner 2.0.

Le Runner 2.0 a besoin de temps : pour terminer ses entraînements, pour aller au bout d’une course, pour prendre des photos ou encore pour saluer voisins, gamins et élus du village qu’il croise sur la route.

Il n’a qu’un seul objectif : terminer pour avoir une médaille, un t-shirt finisher et un truc sympa à raconter. Ça, tout le monde s’en doute. Bienvenue dans l’ère du Story Telling et du personal branding.

Mais il veut aussi aller au bout de lui-même pour se sentir fier et admiré. Parce qu’il s’agit souvent de confiance en soi. Et ça, ça compte un max !

 

L’interview discutable et ses apôtres

Durant mes recherches, je suis tombé sur pas mal de contenus où l’envie de réagir avec une certaine véhémence me titillait. J’ai du caractère et je n’aime pas beaucoup les inepties. Encore moins la bêtise. Mais je décide de ravaler mon agacement et de chercher à comprendre.

Dominique Chauvelier.

Un post a vraiment retenu mon attention. Son auteur y relaye une interview de Dominique Chauvelier par un journaliste d’Ouest France : « On court de plus en plus mais de moins en moins vite ». Il m’a beaucoup fait sourire aussi. Pourtant, il n’a pas le même objectif de distraction que Le Joggeur Qui Râle.

Dans cet article, il est question d’un peu de tout : soupçons de dopage, manque de moyens, performances du siècle passé (pas toujours vérifiables) ou encore, mondialisation. En bon vieux briscard de la course à pied, Dominique est beaucoup dans le « moi je » et le « c’était mieux avant ». À ce titre, il a des avis sur tout. Des avis que j’ai trouvé faciles et un peu trop tranchés.

Dominique a de l’expérience et court depuis 50 ans. Il ne dit pas que des conneries, bien sûr. La course à pied, ça le connaît. Et en cherchant d’autres interviews du bonhomme, j’ai pu constater qu’il sait aussi faire preuve de bienveillance. Je m’incline volontiers devant ses performances dont je suis bien éloigné.

Pourtant, dans cet article, il va saisir l’occasion de basculer dans le jeunisme. J’imaginais qu’un homme de sa trempe prodiguait essentiellement de sages conseils. Mais selon lui, les jeunes n’ont plus le goût de l’effort, ils ne reconnaissent plus la valeur du travail, n’ont envie de rien. Et en plus, à la fédé, c’est tous des c…

Que retenir de cette interview ?

Bref. Nous retrouverions simplement dans la course à pied les maux de notre société.

Face à cette analyse assez simpliste, je ne peux m’empêcher d’avoir la réflexion suivante : le monde tel que nous le léguons aux jeunes va-t-il tellement bien et est-il si facile à vivre qu’il faut d’abord les pointer du doigt pour comprendre ce qui ne va pas ? À mon avis, les choses sont un peu plus subtiles que ça.

Entre affirmations sur un sport qui se ralenti même pour les meilleurs et doutes sur les performances d’amateurs en course officielle, Dominique en oubli d’être cohérent dans ses chagrins.

Commentaires et dérapages

Pourtant, ce n’est pas ce qui va le plus me marquer dans cette interview. Ce qui m’interpelle le plus, ce sont les commentaires des « experts » qui y vont de leurs propres affirmations.

Il semblerait que pour mériter le titre de finisher sur un marathon, il soit indispensable de le courir en moins de 3h30. Et encore. Sub 4, devrait d’ailleurs être un seuil maximal de barrière horaire.

De la même façon, certains prétendent que le marathon de masse est une explication logique aux contre-performances répétées de nos élites. Il faudrait d’ailleurs privatiser les courses et reverser les bénéfices de ces dernières à la fédération. Ignorer en même temps pourquoi les associations ont pris le relai sur ces manifestations et vouloir utiliser une méthode communiste pour enrichir une fédération me laisse perplexe.

 

Suis-je un Runner 2.0 ?

À l’écriture de cet article, cette question me taraude.

Cela fait maintenant 6 ans que je pratique ce sport. Au départ, c’était pour perdre du poids. Je vous raconte ça dans ma Running Story.

Une fois ce premier objectif atteint, j’ai répondu présent au défi qui m’avait été lancé par mon collègue et ami Miguel : participer au marathon de Paris 2015. Une course bouclée en presque 5h30. Quelques années et marathons plus tard, j’ai su me donner les moyens de progresser pour me rapprocher des 4h. Objectif que je compte bien atteindre enfin cette année.

Avec 1 300 km parcourus en moyenne chaque année malgré une vie professionnelle très dense, je ne rougis pas de mes performances. Bien au contraire. Je les partage sur les réseaux sociaux où je cherche à rencontrer un maximum de coureurs. J’ai même lancé ce blog en début d’année. J’accompagne chaque année des amis vers ce sport et certains se sont tellement bien entraînés qu’ils sont devenus bien meilleurs quoi moi.

Et pourtant, nous serions responsables de tant de maux dans ce sport ? Soyons sérieux !

 

Guide du bon critique du Runner 2.0

L’élitiste intermédiaire se sent au-dessus du lot. Pourtant, il reste en général bien loin des meilleurs de sa catégorie. À quel moment est-il assez bon pour être juge mais pas assez mauvais pour être jugé de la même façon par les meilleurs que lui ?

En bon critique acerbe, il n’hésite pas à qualifier autrui de « Runner 2.0 » aussi facilement que le supporter à court d’arguments traitera son interlocuteur de « Footix ».

Il se moquera donc aisément de ses performances, de sa technique ou encore de ses blessures à répétition.

Il n’hésitera pas à railler l’équipement rose ou vert fluo du Runner 2.0 en arguant qu’il est nécessairement de mauvaise qualité, acheté dans une grande enseigne spécialisée en raconteries et conseils bidons. Conseils eux-mêmes prodigués par des vendeurs qui n’y connaissent rien. Forcément.

Pour terminer, le Runner 2.0 ne mérite rien puisqu’il n’est rien. Comment peut-il parler de l’esthétique d’une médaille ou d’un t-shirt finisher alors même qu’il n’aurait pas respecté la course en réalisant un chrono ridicule ?

Non, le Runner 2.0 salit tout et en plus, il l’ouvre sur les réseaux sociaux. Ces réseaux sociaux que l’on critique parce qu’ils seraient sales eux aussi.

Une remarque me vient à l’esprit : n’est-il pas curieux de décrier le Runner 2.0 sur les réseaux sociaux, justement ?

Je constate que quelques articles humoristiques et pétris d’autodérision servent d’arguments à des gens qui n’ont finalement rien compris aux intentions de l’auteur. Je me marre donc doucement…

 

Conclusion

Vous l’aurez compris : je ne suis pas d’accord avec cette vague de critiques portées à l’endroit des Runners 2.0. Je suis conscient que cette catégorie de coureurs existe et qu’elle ne forme pas de champions. Qu’il soit difficile pour les élites de comprendre que l’on ait d’autres motivations en course à pied que la performance s’entend aussi.

Mais juger autrui à l’aide d’idées reçues en pointant ses différences n’est qu’une intolérance. Aucun argument ne me semble recevable dès lors qu’il s’agit de s’attaquer gratuitement à un groupe de personnes. Nul n’a la science infuse. Il ne peut donc se prévaloir d’être plus pertinent et intelligent parce que sportivement meilleur. Ces deux choses n’ont rien à voir entre elles.

Alors cela vous plaira ou non mais les Runners 2.0 représentent une écrasante majorité des coureurs. Et en plus, leurs motivations se moquent pas mal de l’avis des buveurs d’Orangina jaune.

Ils sont une formidable communauté.

Je suis un Runner 2.0 !

 

Cassiusboro.

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